Alors que la planète auto s’emballe pour l’électrique, Akio Toyoda, président de Toyota et petit-fils du fondateur, continue de tenir un discours à contre-courant. Et si, finalement, sa vision plus nuancée n’était pas si rétrograde ?
Une autre voie dans un monde obsédé par le tout-électrique
Il en a pris des critiques, Akio Toyoda. Depuis des années, on lui reproche de ne pas avoir précipité Toyota dans la course au 100 % électrique, comme l’ont fait nombre de constructeurs européens ou chinois. Pendant que certains tablaient sur une révolution totale des batteries, lui défendait une approche hybride, pragmatique et progressive. Un choix qui en a surpris plus d’un, surtout de la part du premier constructeur automobile mondial.
Mais aujourd’hui, les faits lui donnent en partie raison. En dehors du marché chinois, les voitures 100 % électriques peinent à s’imposer massivement. Les parts de marché stagnent, notamment à cause de l’infrastructure de recharge encore fragile dans certains pays, du prix élevé des véhicules, ou encore de la production d’électricité loin d’être neutre.
Produire vert, ou produire plus de CO₂ ?
C’est là que le raisonnement d’Akio Toyoda prend tout son sens. Il martèle depuis longtemps une idée simple mais souvent ignorée : ce qui compte, ce n’est pas seulement l’usage d’un véhicule, mais l’ensemble de son cycle de vie – et surtout la façon dont l’électricité est produite.
Prenons le cas du Japon. Toyoda affirme que si Toyota avait produit 9 millions de voitures électriques dans son pays, cela aurait paradoxalement augmenté les émissions de carbone, du fait de la forte dépendance du Japon au charbon et au gaz pour sa production d’électricité. À l’inverse, les 27 millions de véhicules hybrides déjà vendus par Toyota y ont permis une réduction d’émissions comparable… sans bouleverser le réseau électrique.
Agir vite, pas dans 25 ans
Le président de Toyota le répète : la neutralité carbone ne se gagnera pas à coups de promesses lointaines, mais grâce à des actions immédiates. Pour lui, il faut commencer par ce qui est techniquement faisable aujourd’hui, en s’appuyant sur plusieurs solutions et non une seule.
C’est le cœur de sa stratégie dite multi-pathway (approche multi-technologies), qui vise à réduire de moitié les émissions de CO₂ d’ici 2035. Et cette feuille de route est ambitieuse : véhicules hybrides (rechargeables ou non), voitures à hydrogène, pile à combustible, biocarburants, carburants synthétiques, et bien sûr, électriques à batteries — même si ces derniers ne représentent pour l’instant qu’environ 1 % des ventes du groupe.
Une vision contestée, mais de plus en plus écoutée
Cette position n’est pas sans lui coûter. Akio Toyoda a dû céder la direction opérationnelle de Toyota en 2023, après quinze années à sa tête. En 2024, il a même vu son score chuter à 71,9 % lors du vote des actionnaires — un signal fort dans un univers où l’unanimité est la norme.
Mais le temps joue peut-être en sa faveur. Car à mesure que les défis liés à l’électrique se précisent — ressources rares, coût élevé, dépendance au réseau, complexité industrielle — la vision d’une transition énergétique plurielle gagne du terrain.
Akio Toyoda ne rejette pas l’électrique. Il dit simplement que ce n’est pas la seule réponse. Et qu’à l’heure où chaque gramme de CO₂ compte, il serait sans doute temps d’en finir avec les dogmes pour se concentrer sur l’efficacité réelle. Voilà une posture qui, en 2025, n’a plus rien d’anachronique.

Thomas Caron s’intéresse depuis longtemps aux nouvelles formes de mobilité — autos, motos, vélos, trottinettes ou camping-cars. Chez Ehua Store, il partage des conseils concrets, des tests et des retours d’expérience issus du terrain. Son objectif : aider chacun à mieux s’équiper et entretenir ses véhicules au quotidien.





